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Interprètes - comment allons-nous nous renouveler ? [Guest Post]

Interprètes - comment allons-nous nous renouveler ? [Guest Post]

John Stanmeyer at a photography workshop (Source)

John Stanmeyer at a photography workshop (Source)


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This guest post was written by Lourdes de la Torre Salceda. Lourdes is a budding conference interpreter and studies at Universidad Pontifica de Comillas in Madrid. Her essay, which is published here in full, was submitted to DG Interpretation's Young Interpreters Award (aka Leopoldo Costa Prize) in 2017. Thanks to Florance Flach for proof-reading.


En 2014, John Stanmeyer a remporté le prix World Press Photo. La photo avec laquelle il a gagné ce prix a suscité une grande controverse. Elle montre des personnes qui, fuyant les conflits en Somalie, en Érythrée et en Éthiopie, sont arrivées sur les côtes de Djibouti. Sous le clair de lune, elles lèvent leurs téléphones portables, cherchant du réseau mobile, peut-être pour dire à leur famille qu'après leur odyssée elles vont bien. À l’époque, beaucoup de gens ont levé les bras au ciel en disant « Dans quel monde vivons-nous ? Ils n'ont rien du tout, mais le consumérisme les amène à ne pas se séparer de leur portable, même pas dans une telle situation ! Quelle horreur ! ». Et moi, je me demande : « Horreur ? Vraiment ? ». Pour moi, cette image montre que, en effet, le monde change.

Et dans le tourbillon du changement que l'on vit au quotidien, on oublie parfois la nature, qui est sage. Les protagonistes de cette photo ne pouvaient pas avoir choisi un meilleur outil. Le téléphone portable est le couteau suisse d’aujourd’hui. Même s'ils se trouvent dans une situation épouvantable, avec cet appareil ils peuvent communiquer pour s'organiser, ils peuvent s'informer pour se mobiliser, ils peuvent apprendre pour se développer et ils peuvent dire « je vais bien » pour rassurer.

Comme vous le savez, depuis plusieurs années le monde est en constant changement et nous oblige à nous adapter à une nouvelle réalité qui est parfois meilleure, mais qui peut aussi être bien pire qu'avant. À mon avis, la clé pour améliorer notre situation, ainsi que celle de notre cher village planétaire, réside dans les nouvelles technologies et les technologies de l'information et de la communication.

Ceux qui pourront maîtriser la technologie auront beaucoup plus de chances de garder leur place.

Actuellement, nous faisons face à une triste réalité : il semble que les nouvelles technologies détruisent beaucoup plus d'emplois qu'elles n’en créent. Certains se souviennent sûrement qu'il n’y a pas très longtemps, par exemple, les succursales bancaires abritaient des légions d'experts en comptabilité, tandis qu'aujourd'hui ce nombre a nettement diminué et le travail à effectuer est le même ou encore plus important. Je crois qu'il n'est pas très difficile de voir les deux côtés de la médaille : l'optimisation des ressources nous rend plus productifs et nous donne la capacité de redistribuer nos efforts, mais l'avenir n'est pas aussi prometteur pour beaucoup d’autres personnes parce qu'elles perdent leur poste de travail à cause des nouvelles technologies. Il y a une prémisse claire : ceux qui pourront maîtriser la technologie auront beaucoup plus de chances de garder leur place que ceux qui n'auront pas cette capacité.

Je voudrais vous raconter l'histoire d'un ami à moi. Miguel a 30 ans, mais quand il a commencé à travailler il n'avait que 16 ans. À cette époque, il était employé dans une usine de transformation de plastique. Son travail consistait à prendre le produit qu'une ligne d'extrusion générait et à le stocker. Il travaillait pour une machine. Miguel menait à bien une tâche ennuyeuse et répétitive. Il allait chaque jour travailler comme un robot : personne n'attendait de lui des décisions rationnelles, il devait être toujours prêt et il ne pouvait pas faire autre chose que ramasser le produit. Mais... Miguel n'est pas un robot, et un jour il s'est dit « Je suis le prolongement d'une machine, dans cette chaîne je suis moins important qu'elle, pourtant une chose est sûre : je suis plus intelligent qu'elle ».

Je suis le prolongement d’une machine […] pourtant une chose est sûre : je suis plus intelligent qu’elle.

Malgré son manque de formation, au fil des années, il a réussi à maîtriser la programmation de cette ligne d'extrusion et aujourd'hui il est arrivé à résoudre pas mal de problèmes et à augmenter notablement les gains de l'usine. Le PDG est conscient de la valeur de Miguel et il a complètement changé sa vie. Miguel ne s’est plus comporté comme un robot et il est une des personnes les plus importantes de l'entreprise grâce à sa capacité de réflexion. Aujourd'hui, il peut être fier d’avoir des rapports d’égal à égal avec les ingénieurs. Le message est simple : les machines ont la capacité de rendre le travail plus humain.

Les machines ont la capacité de rendre le travail plus humain.

À ce stade, je crois que vous vous êtes rendu compte que je suis une passionnée de technologie. Donc, je ne peux pas éviter de me demander quels sont les avantages technologiques que l'interprétation a intégrés au cours de ces dernières années. Je sais que je peux me tromper, mais il me semble que nous avons bénéficié de ces changements de manière collatérale. Par exemple, les applications mobiles qui aujourd'hui aident les interprètes ne sont pas spécifiquement conçues pour nous. Elles nous sont tout à fait utiles, mais je crois qu'il est temps d'appliquer vraiment les nouvelles technologies aux interprètes. Où est l’application pour les collègues en cabine ? L’application qui permet de noter des choses pour notre collègue, mais d'une façon ordonnée et claire. Et une application pour s'entraîner avec les symboles de l'interprétation consécutive ? Les médecins n'ont-ils pas un logiciel spécifique pour opérer à distance ? Pourquoi nous ne pouvons pas avoir notre logiciel ?

Il faut que les nouvelles technologies s'adaptent concrètement aux besoins de notre métier. Autrement, nous risquons de devoir nous adapter à la technologie. Si Miguel n'avait pas réussi à adapter la machine à ses besoins au fil des années, il est pratiquement certain qu'il aurait été remplacé par un bras robotisé qui ne se fatigue pas et qui ne cotise pas à la sécurité sociale.

Il faut que les nouvelles technologies s’adaptent concrètement aux besoins de notre métier. Autrement, nous risquons de devoir nous adapter à la technologie.

Pour terminer, je voudrais aborder le sujet de l'automatisation de l'interprétation. Je suis certaine que vous avez déjà entendu dire que ce grand défi a été relevé, ou en tout cas presque. Pour certains, c’est peut être une nouvelle effrayante, mais ne vous inquiétez pas, parce que, comme je vous le disais, la nature est sage. Aujourd'hui Excel peut tout calculer, mais les comptables n’ont pas disparu.

A mon avis, la manière de créer des capacités sur notre belle planète qui est en changement constant passe par la technologie. Forcément, ma vision est encore un peu floue, mais pourquoi ne pouvons-nous pas servir de guide pour introduire ces technologies dans notre métier. Nous avons déjà les moyens, maintenant c'est à nous de les appliquer.

Mesdames et Messieurs les interprètes, comment allons-nous nous renouveler ?

Looking back at the 2017 ITI Conference

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